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dimanche 2 décembre 2018

Di Rosa dans le grand bain



Lorsque j'ai découvert Di Rosa, c'était en 2015 au musée Paul Valéry de Sète, la ville natale de l'artiste, à l'occasion d'une exposition consacrée à la Figuration Libre. Ses potes Robert (Combas) et Jean Michel (Basquiat), entre autres, étaient également présents.

Ici à Roubaix pour cette Oeuvre au Monde, l'artiste nous fait découvrir son tour du monde, l'ensemble des villes, des pays où il a voyagé et réalisé ses oeuvres. Ce n'est pas du tourisme, une consommation des cultures ou des lieux. C'est une présence avec une vision unique, celle de l'oeil de l'artiste.
Une oeuvre mouvementée, multiformes, colorée, un brin subversive, une bande dessinée façon azulejos.





L'anatomie humaine est également présente comme dans l'oeuvre du prince New-Yorkais, le Griot de la peinture nous dirait Ernest Pépin.



En cette période presque hivernale, où les jours raccourcissent alors que les heures d'ouverture des magasins s'allongent, si vos yeux ne sont pas encore complètement anesthésiés par la cacophonie visuelle de fin d'année, courrez vous réchauffer les mirettes pour voir ou découvrir Hervé Di Rosa  et prendre un bain de chefs-d'oeuvres à  La Piscine, musée d'Art et d'industrie André Diligent.

Le bâtiment vient d'être rénové et agrandi. Le hall central du musée avec le bassin conservé de l'ancienne piscine entouré de sculptures vaut à lui seul le détour.



Les anciennes cabines ont même été conservées

Une partie du musée est consacrée au textile en rapport avec le passé industriel de la ville. Roubaix, tout comme Mulhouse, sont des villes marquées dans leur passé par la présence de filatures.


Ici une tunique Copte du 7ème siècle. Mais qui sont les Coptes ? voir mon article Les portraits du Fayoum : peindre et être libre

Et en sortant vous n'oublierez pas de marquer votre passage en collant aux portes du parc du musée votre petite pastille de couleur indiquant le jour de votre visite.


Une autre oeuvre monumentale de Di Rosa est visible à l'entrée de la gare Saint Sauveur à Lille, St So' pour les lillois près du parc aux "grilles rouges". Une fresque-mosaïque géante avec René, le personnage emblématique de l'artiste.




Car enfin se déplacer pour voir une expo dans un musée, quitter le confort de son quotidien, et découvrir le monde à travers les yeux d'un artiste, affiner et questionner son propre regard, sera toujours mieux que d'être les yeux sur un écran où le flot continue d'images aura tôt fait d'endormir notre conscience et notre liberté d'être humain.

Bonne fin d'année à tous !



jeudi 16 décembre 2021

Jawlensky, Susanne Hay et Maija Isola à La Piscine

 




A l’occasion de ses vingt ans le Musée d’Art et d’Industrie André Diligent de Roubaix dit « Musée de La Piscine », car réalisé dans une ancienne piscine Art Déco de la ville (voir mon précédent article sur Di Rosa), propose une exposition consacrée au peintre expressionniste russe Alexej Von Jawlensky (1864-1941).



Tête abstraite : Karma, 1933 (toutes photos de l'auteur)


Cette exposition met en avant son travail sur le portrait, des premières années pour évoluer ensuite vers une simplification des traits du visage à l’extrême marquant une volonté de l’artiste de donner une valeur spirituelle à son œuvre pour se placer dans la tradition des icônes byzantines. L’artiste russe se trouve en filiation directe avec les portraits du Fayoum qui sont les prémices de la peinture d’icône. Cet art pictural sacré débute dès le 6ème siècle pour se prolonger jusqu’à nos jours avec une crise iconoclaste au 7ème-8ème siècles où une grande partie des icônes, dont celles à l’encaustique, ont été détruites (voir également mon article Peindre et être libre).



Les premiers portraits :

Autoportrait, 1912


Tête en noir et vert, 1913


Danseuse espagnole, 1909



Puis évolution vers la simplification des traits et la peinture d'icônes:


Tête mystique: tête de jeune fille, 1918



Tête mystique: Hélène, 1917



Tête abstraite : Lumière, 1926


Jawlensky utilise l’huile et la cire pour une de ses têtes abstraites :


Tête abstraite : Douleur, huile et cire sur carton, 1928


Puis enfin la série Méditation:

Méditation, 1936


Méditation, 1936


L’exposition s’attache également à faire les liens de Jawlensky avec la peinture de Van Gogh ou de Gauguin, visible dans les natures mortes ou les paysages de l’artiste, et son parcours au sein des expressionnistes allemands marqué par ses amitiés avec Emil Nolde et bien sûr Kandinsky. Il s’opposera à ce dernier au moment de la formation du célèbre groupe Blaue Reiter (Le Cavalier Bleu) en marquant sa différence par rapport à l’abstraction prônée par Kandinsky pour suivre sa propre voie. 



Kandinsky : Schwabing, Soleil d'hiver, 1901


Jawlensky : Pins, vers 1911

Son influence sur l’art moderne dépassera les frontières européennes pour traverser l’Atlantique et attirer les artistes américains notamment par sa technique de travail en série avec ses Méditations. John Cage achètera plus tard une œuvre de Jawlensky. 

J’ai toujours aimé le travail des expressionnistes allemands, leur traitement de la couleur ou la pratique de la gravure sur bois avec des artistes telle que Käthe Kollwitz.
Ici quelques gravures sur bois que j'ai réalisé en 2007:


D'après un autoportrait de Käthe Kollwitz



D'après le portrait du danseur Alexander Sacharoff (Jawlensky, 1909)



Inspiré par le Cavalier Bleu de Franz Marc (gravure par plaque perdue)





Puis dans les autres salles du musée d’autres artistes plus contemporains sont exposés dont l’artiste allemande Susanne Hay (1962-2004). Elle fût l'élève de Léonardo Cremonini aux Beaux Arts de Paris. J’ai retenu ses œuvres colorées grand format représentant des corps d’hommes au bord d’une piscine. De telles œuvres aurait pu trouver leur place autour du bassin du musée de La Piscine (photos de l'auteur).






La représentation du corps humain est au cœur du travail de nombreux artistes dans la peinture française et européenne. La peinture nord-américaine étant principalement orientée vers un art non-représentatif que nous nommons « abstrait ». 
Ce travail du corps, son étude avant sa représentation, est un point commun avec une pratique médicale qui se base comme l’artiste-peintre sur l’étude de l’anatomie humaine. 
Je pourrai presque dire que l'étude du corps humain par Susanne Hay est une approche médicale. Il faut voir le reste de l'exposition pour s'en rendre compte.

Devant ses oeuvres j'ai eu soudain un peu honte de m'être déplacé pour voir des "huiles sur cartons" d'un peintre certes très connu mais mort depuis longtemps (les musées ne sont-ils pas parfois des cimetières d'artistes ?) alors que Susanne Hay, décédée accidentellement en 2004, mérite véritablement une exposition de plus grande envergure de son oeuvre. 
Ses peintures m'ont interpellé, voire dérangé, pour finalement me laisser un souvenir beaucoup plus présent que les peintures de Jawlensky.
Il est d'ailleurs troublant de voir une photo de l'artiste prise vraisemblablement dans la piscine où elle peignait ses modèles. Après ma visite je n'ai pu m'empêcher de consulter sa page Wikipédia : elle est morte noyée en voulant sauver deux enfants dans un lac au Portugal. Elle avait 42 ans. 


Suzanne Hay


Alors allez voir les peintures de Susanne Hay à La Piscine !


Enfin à l’étage du musée, autour du bassin, il y a une importante tissuthèque. On peut voir les célèbres coqueliquots de Maija Isola (1927-2001), artiste emblématique de la marque finlandaise Marimekko, avec son motif coloré très sixties « Unnikko ».








Merci de votre visite sur mon blog,

Bonne fin d'année 2021 à tous,

Vincent.