jeudi 7 janvier 2016

Notes sur l'histoire et la technique de l'encaustique

Encaustique vient du grec Engkaein "faire brûler".
Pline au Ier siècle après J.-C s'interroge dans son Histoire Naturelle "Qui eut le premier l’idée de peindre avec de la cire et à l’encaustique ? On n’en tombe pas d’accord". C'est dire si la technique est ancienne. Il en décrit ainsi une utilisation pour les vaisseaux de guerre : une sorte de peinture faîte de "cires fondues au feu" étendue au pinceau " qui, sur les navires, ne s’altère ni par le soleil, ni par l’eau salée, ni par les vents.". Car l'une des propriétés de la cire est d'être un matériaux naturel hydrophobe, qui résiste à l'eau. Une fois posée sur le support à peindre ce médium est d'une redoutable stabilité dans le temps.

Voici quelques courants et artistes qui en jalonnent son évolution :


-Nous pouvons tout d'abord citer les portraits qui nous apportent encore aujourd'hui un beau témoignage de maîtrise de cette technique : Ce sont les portraits du Fayoum, du nom de la région égyptienne où ils ont été produit aux premiers siècles de notre ère.


Portrait d'un soldat romain (H: 43 cm, l : 25 cm) , région du Fayoum, 125-135 apr J.-C. exposé au Palais des Beaux Arts de Lille (acquis en 2011). notice détaillée ici

De nombreux autres portraits sont également visibles au musée du Louvre à Paris et au Metropolitan Museum of Art à New-York.


Dans l’Egypte gréco-romaine, de 100 av JC à 200 ap.- JC, ces portraits  réalistes étaient peints du vivant de la personne pour être placés ensuite sur le sarcophage et accompagner le corps dans sa vie spirituelle après la mort. Tous les portraits n’étaient pas destinés à des fins mortuaires mais ce sont  ces portraits, environ 600 peints sur des panneaux de bois, qui ont traversé le temps.
Les matériaux utilisés par les peintres du Fayoum ressemblent à ceux que nous utilisons de nos jours : de la cire d’abeille, des pigments, de la résine. Les outils utilisés sont : des pinceaux, un cestrum (voir illustration ci-dessous), des outils pour graver et le cauterium (voir illustration ci-dessous) utilisé pour fusionner les couches de cire.
Alors que la plupart de ces portraits sont peints à l’encaustique d’autres sont réalisés avec une émulsion de cire, la cire punique décrite par Pline : de la cire d’abeille bouillie avec de l’eau de mer et du carbonate de potassium qui est ensuite blanchie au soleil. D’autres sont exécutés avec une combinaison de ces deux médiums.

Concernant le Cestrum et le Cauterium :

Dans son livre Prestige de l’encaustique (p. 77, voir bibliographie), Emile Lombard mentionne un peintre grec : Protogene né au Caire (360-300 av JC) peignant à l’encaustique et cité par Pline. Il donne également une illustration du Cestrum, d’après la forme de la plante cestros en Grèce ou la bétoine en Gaule (Pline) p.64 :



Paul Carpentier précise également dans son ouvrage Notes sur la peinture à la cire cautérisée ou procédé encaustique (voir bibliographie) que « ce qui constitue le caractère de la peinture encaustique, c’est sa cautérisation ; sans cette opération, on doit la nommer simplement peinture à la cire » (p. 17) : les couches de peinture à la cire, une fois posées sur le support à peindre, vont être fusionnées entre elles par la cautérisation (chauffer, brûler), c’est alors que nous pouvons parler d’encaustique. Il utilise pour cela un cautérium (qu’utilisaient également les grecs) : un grillage rectangulaire au bout d’un manche en bois qui une fois chauffé à la braise est approché du support pour assurer la fusion des couches de cire :




- Outre les Portraits du Fayoum nous trouvons également une pratique de la peinture encaustique dans les premières icônes byzantines réalisées avant l'iconoclasme (VIII ème siècle apr J.-C) . Ainsi des exemples des débuts de la peinture d'icônes ne subsisteront qu'hors de la zone de contrôle des empereurs byzantins hostiles aux images comme c'est le cas au monastère Sainte Catherine du Sinaï
Christ Pantocrator, 1ère moitié du VI ème siècle, encaustique sur bois, 84x45,5 cm, Sinaï, monastère Sainte Catherine

Il y aurait un lien entre les portraits du Fayoum et la peinture d'icônes, notamment entre les peintres ayant travaillé pour le monastère Sainte Catherine et la technique à l'encaustique des portraits égyptiens. Ceci sont des éléments que j'ai pu traduire à partir d'un article de Kristen Gallagher (voir sources Internet). 

Ensuite à partir du VIII ème siècle, sans être véritablement remplacée, l'encaustique a cessée d'être utilisée au profit de la tempéra à l'oeuf qui est toujours utilisée de nos jours pour la peinture d'icônes. 

Puis avec le développement de la peinture à l'huile à partir du XV ème siècle par les frères Van Eyck, la pratique de la peinture à l'encaustique est devenue anecdotique. La peinture à l'huile s'est ensuite largement répandue.   

-Concernant l'époque moderne et contemporaine nous pouvons citer l'utilisation de la peinture à la cire par le peintre surréaliste Victor Brauner mais l'émergence de l'encaustique dans l'art contemporain revient surtout à Jasper Johns avec son célèbre tableau-drapeau Flag puis les  White Flag et Green Target en 1955.

-Actuellement les principaux représentants de la peinture à l'encaustique sont Philippe Cognée (France) avec ses monumentales vues de Google Earth en 2007 ou sa série Carcasses en 2003, Alexandre Masino (Canada) ou Joanne Mattera et Lisa Pressman de New-York. Il y en beaucoup d'autres comme Pierre Converset (France) ou outre-atlantique qui enseignent chez R&F (Cynthia Winika, Laura Moriarty...) ou présentés dans le livre de Joanne Mattera (voir bibliographie) qui est mon ouvrage de référence depuis 4 ans.

Il est à noter que ce mouvement de peinture à l'encaustique, sans se limiter strictement à cette technique ni à une dénomination de "peinture encaustique", est présent depuis une vingtaines d'années dans l'art abstrait contemporain au Canada et aux Etats-Unis.

Sources Internet :

Bibliographie:

CARPENTIER, Paul: Notes sur la peinture à la cire cautérisée ou procédé encaustique, d'après les laborieuses recherches de Paillot de Montabert, Paris, 1875.

HAUSTEIN-BARTSCH, Eva: Icônes, Norbert Wolf Ed., Taschen, Cologne, 2008.

LOMBARD, Emile: Prestige de l'encaustique : protéisme des couleurs et des formes par l'encaustique, Paris, 1964.

MATTERA, Joanne: The Art of Encaustic Painting : Contemporary Expression in the Ancient Medium of Pigmented Wax, Watson-Guptill Ed., New-York, 2001.

WEITZMANN, Kurt: The monastery of Saint-Catherine at mount Sinai : the icons : from the 6th to the 10th century, Princeton University Press, Princeton, 1976.







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